En discutant de traumatisme sur twitter avec Olympe et Poule pondeuse, je me suis rendu compte que je vous avais parlé plein de fois de tremblements de terre mais jamais des traumatismes qu’ils engendraient.

D’ailleurs, je pense que c’est une des choses les plus difficiles à réaliser quand on arrive à Christchurch. On peut voir les dégâts matériels causés par le tremblement de terre du 22 janvier 2011, mais difficile de se rendre compte du traumatisme qu’ont vécu les habitants de cette ville.

Pourtant le traumatisme est réel pour la plupart d’entre eux. Plus de 10,000 personnes ont quitté la ville après le tremblement de terre et parmi ceux qui sont restés, combien ont envisagés de quitter la ville ?

La première chose qui m’a frappée c’est le nombre de personnes qui nous ont demandé si on était là le 22 février, comme si il y avait 2 groupes, ceux qui l’ont vécu et les autres. D’ailleurs quand on répond non, j’ai toujours un peu l’impression que l’on s’excuse, que le ton employé sous-entend « non on n’était pas là, désolé, on ne comprend pas votre souffrance. » 

La deuxième chose qui m’a fait réaliser que les habitants de Christchurch ont vécu un véritable traumatisme ce sont les petites habitudes du quotidien qui pourraient faire sourire dans d’autres circonstances. Une de mes collègues me racontait un jour qu’elle ne se garait jamais à côté d’un arbre, d’un poteau électrique ou d’un bâtiment, juste au cas où… Une autre prend toujours son sac à main avec elle ou qu’elle aille, juste au cas où elle ne pourrait plus revenir dans le bâtiment. La dernière petite habitude est celle qui me fait le plus sourire : plus personne ou presque ne prend les ascenseurs. Moi qui n’aime pas prendre l’ascenseur ca m’arrange bien, et puis les escaliers c’est bon pour la santé.

Mais la chose qui m’a le plus touchée, c’est la peur que l’on peut sentir dans certains moments. Je me souviens d’un jour ou je discutais avec une collègue et le sol s’est mis à trembler, et surtout on entendait ce grognement sourd que l’on entend quand la terre bouge. C’est difficile à décrire, un bruit sourd qui vient du sol et le bruit du bâtiment que l’on secoue : les vitres qui tremblent, les bureaux qui tapent contre les murs. Ca a duré peu de temps, quelques dizaines de secondes au maximum. Ma collègue m’a agrippé le bras sans dire un mot, presque tétanisée. Une fois la vague passée, les gens demandent autour d’eux « are you OK ? Is everybody OK ? » Oui, everybody is OK, rien n’est cassé, rien n’est tombé, aucune raison pour que everybody ne soit pas ok, mais on demande quand même pour rassurer les autres ou pour se rassurer soit même. Ensuite on se précipite sur le site de geonet pour savoir de quelle intensité était cette secousse, et on envoie un mail a son mari, sa femme, ses enfants pour savoir si tout va bien.

Résilience, c’est un mot qu’on entend souvent et pourtant j’ai l’impression que les canterburians ne l’aiment pas trop. Peut-être parce que cela donne une image positive de la situation, beaucoup plus forte que ce  qu’elle est en réalité. Oui les habitants ont surmonté cette catastrophe, mais le traumatisme est toujours bien présent.

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