C’est un sujet épineux quand on parle d’expatriation, et je voulais y revenir plus en détail.

Mes filles ont 9 et 7 ans. Elles ont commencé leur scolarité en France puis ont intégré le système scolaire néozélandais alors qu’elles avaient 6 et 4 ans. Elles ont réintégré le système français, un an plus tard, à l’âge de 7 et 5 ans, en cours d’année. Tout ça pour revenir dans le système néozélandais il y a 3 mois, à l’âge de 9 et 7 ans donc.

C’est assez perturbant, je vous l’accorde.

Ces changements successifs de système scolaire ne se sont pas bien passés. Ni pour elles, ni pour moi.
J’avoue que je n’imaginais pas que ça se passerait comme ça. Je me souviens d’avoir lu un post sur un forum d’un expatrié qui expliquait que le retour en France de ses enfants avait été catastrophique, je me suis dit crânement que c’est parce qu’il n’avait pas bien préparé son retour ce qui ne serait pas mon cas, of course !

Tu parles….

Lors de notre arrivée en Nouvelle Zélande, les choses ont été relativement faciles. Ma fille ainée était scolarisée, son école lui proposait des cours d’anglais quotidien et le système éducatif était plutôt participatif : les élèves travaillent en petit groupe ou seul avec la maitresse. Nous parents français, on avait l’impression que notre fille faisait beaucoup d’art, de jeux mais qu’elle ne travaillait pas beaucoup. Elle avait laissé tomber l’écriture cursive écrivait plus ou moins en phonétique, mais la maitresse trouvait ça formidable, alors nous aussi.
A la fin de l’année scolaire, elle avait rattrapé son retard sur les autres élèves de sa classe, parlait et lisait couramment en anglais, son orthographe n’était toujours pas parfaite, mais bon, quel enfant de 7ans a une orthographe parfaite.

Voyant que notre fille, ce petit génie, avait réussi, en 1 an, à apprendre une langue et se mettre au niveau des autres élèves, on s’est dit que ça allait etre easy peasy en rentrant en France. On lui quand même appris à lire en Français, mais à part quelques sons type "oi" "ai", elle s’en sortait bien.

L’arrivé en CE1 en janvier a pourtant été un peu rude. Le rythme scolaire n’était pas le même et ma fille a eu un peu de mal à s’y faire. Les journées étaient plus longues, la façon de travailler très différente, et surtout elle a eu des difficultés à suivre. Elle n’avait pas le niveau en orthographe. Je pensais qu’à 7 ans, en CE1, ça ne serait pas un problème. Et pourtant, ce problème là l’a poursuivie jusqu’à la fin de son CE2.
Elle a aussi eu des difficultés en maths. Difficile de dire si c’est parce que le niveau est meilleur en France ou si c’est parce qu’on n’apprend pas de la même façon. Le problème de la langue a aggravé ses difficultés. Elle ne comprenait pas quand on lui demandait d’écrire Soixante-dix ou pire quatre-vingt-dix. Là encore, j’ai cru qu’on allait pouvoir dépasser le problème, et pourtant, les problèmes en maths n'ont pas disparu.

Si ces problèmes ont subsisté, c’est en grande partie parce que ma fille n’a pas fait d’effort, du moins pas autant qu’on en attendait d’elle. Elle était habituée à un système foncièrement positif, elle s’est retrouvée dans un système qui ne faisait que pointer ses erreurs.
De plus, elle s’ennuyait en classe. La façon d’enseigner étant très différente, elle a eu du mal à s’habituer à un enseignement plus académique.
Elle a fini par baisser les bras, par penser qu’elle n’était pas capable d’apprendre tout ce qu’on lui demandait d’apprendre, par ne rien faire plutôt que de faire des erreurs.
Nous, parents, avons eu du mal à réaliser quelles étaient ses difficultés. Les devoirs étaient une vraie torture pour nous tous et se terminaient en larmes neuf fois sur dix. A chaque réunion, les maitresses successives nous ont fait la liste de ce qu’elle ne savait pas, nous ont expliqué qu’elle ne travaillait pas, qu’elle ne faisait pas d’effort et qu’il fallait qu’elle s’y mette. Ce qui nous a laissé un peu démunis.
Les choses ont empiré quand on a su qu’on repartait en Nouvelle Zélande.

Pour ma deuxième qui a fait une année de maternelle et un CP, les choses se sont un peu mieux passé.

Pour moi, ça a été très difficile de voir mes enfants aller à l’école en trainant les pieds, à ne pas trouver de solution aux problèmes et à devoir faire parfois faire deux heures devoirs le soir.

Je pense que nous avons quitté toutes les trois le système scolaire français avec soulagement.

Depuis que nous sommes revenus en Nouvelle-Zélande, nous rebaignons dans le "wonderful, awesome, amazing".
Lors de notre réunion avec la maitresse de notre fille ainée, elle nous a expliqué à quel point celle-ci faisait des efforts formidables, qu’elle rattrapait son retard petit à petit et qu’elle n’avait aucun doute sur le fait que l’année prochaine se passerait super bien. Que du positif, un vrai soulagement pour les parents.

Depuis 3 mois, les filles sont ravies d’aller à l’école tous les matins.
Ma fille ainée a quelques fois des devoirs à faire, elle a trainé des pieds au début, et maintenant elle les fait, sans grande conviction, mais sans drame.

Aujourd’hui, je me rends à l’évidence : le jour ou en rentrera en France (parce que oui, on rentrera), il faudra envisager un autre système que le système classique français pour nos filles. Pas parce qu’il est mauvais, mais parce que mes filles ne sont plus faites pour ce système. Il est illusoire de croire qu’on peut passer comme ça, facilement, d’un système scolaire à l’autre. Je ne dis pas que c’est impossible, mais je crois que ça mérite une vraie préparation et beaucoup de travail.

classroom
Dans la classe de la demi portion